
Article paru dans Valeurs Actuelles - 22/11/2011.
Si on ignore comment les Etats d’Europe financent leur dette, on ne comprend pas pourquoi une banale agence de notation les fait trembler. On ne comprend pas davantage pourquoi la défaillance de la Grèce a pris des allures de tragédie antique. On se perd enfin un peu plus dans le labyrinthe institutionnel européen où l’on cherche désespérément la sortie de la crise.
Dans la zone euro qui réunit les 17 Etats ayant adopté la monnaie unique, la Grèce est, parmi les Etats les plus faibles, celui qui a alourdi sa dette plus que de raison. La récession économique de 2008 a aggravé la situation et les marchés financiers, sur lesquels elle se finance, doutant de sa capacité de remboursement, ont fait grimper les taux d’intérêt. Pour éviter l’effondrement grec et tenir compte des inquiétudes inspirées par l’Irlande et le Portugal, l’Europe a crée un système de soutien financier porté de 440 à 1000 milliards d'euros virtuels (*1). Il est déjà dépassé.
Voilà donc un petit pays qui plonge l‘Europe dans une belle panique et la contraint à ouvrir son portefeuille pour la troisième fois en 18 mois. Votre voisin dépense et c’est vous qui réglez la note. Une telle situation est inimaginable sauf pour les gouvernements qui, en 2001, ont introduit la Grèce dans la zone euro, sachant que cet Etat, défaillant, serait incapable de tenir ses engagements au premier coup de tabac. Mais l’Europe expansive d’alors n’envisageait pas les crises.
Cet excès d’optimisme, qui a consisté à créer une zone monétaire dépourvue des moyens de contrôle des budgets de ses membres, fut la première erreur.(*2) La seconde fut d’en ouvrir la porte à une Grèce où l’impôt est une insulte faite au contribuable.
Alors, direz-vous, il suffit d’exclure momentanément la Grèce de la zone afin qu’elle prenne les mesures adaptées à ses capacités productives. C’est du bon sens, mais l’Europe s’y refuse, moins par solidarité que par crainte de l’effet que cette décision produirait sur les marchés. Les revoilà, ces maudits ! Eh oui, nous avons réussi l’exploit de nous mettre entre leurs mains avides et nos finances sont dans un état tel que la moindre hausse des taux nous fait perdre la tête. Il faut donc « sauver le soldat grec » et cette obstination est la troisième erreur européenne. La Grèce ne paiera rien car elle en est incapable et au bord du chaos. Il faudra donc recourir sans fin à des stratagèmes financiers qui échoueront. Les contribuables français et allemands, appelés à titre principal en garantie des soutiens accordés aux Grecs, feront les frais de cette politique.
Ainsi, on voit bien que la crise n’est pas celle de l’euro mais celle de l’endettement. La meilleure preuve est que notre monnaie unique ne se déprécie pas sur les marchés et met tous les membres de la zone en difficulté, sauf l’Allemagne qui a su imposer à Maastricht son mode de gestion de la monnaie. La compétitivité de son industrie la met à l’abri des inconvénients d’un euro fort qui pénalise les exportations de ses partenaires européens.(*3)
Lire la suite : Valeurs Actuelles, article de Caude Valleix
(*1) le FESF a en fait été créé avec 250 milliards d'euro, puis augmenté à 480 en octobre. C'est 2 semaines après cette augmentation qu'il a été élargi à 1000 milliards... de manière théorique car en réalité il ne dispose actuellement que de 250 milliards d'euros et se trouve bien incapable d'apporter une aide massive à l'Italie.
(*2) L'auteur de l'article considère comme une erreur de ne pas avoir été assez loin dans le fédéralisme, au moment de la création de l'euro.
Or, si l'on avait dit aux français, que la monnaie unique allait imposer aux Nations d'accepter une instance européenne de contrôle des budgets, il est certain que cela aurait fait échouer le référendum sur le Traité de Maastricht.
(*3) Là aussi, l'analyse de l'auteur est contestable : L'Allemagne est presque aussi endettée que la France mais ne semble pas subir autant la crise.
Voir analyse prochaine.