vendredi 11 novembre 2011

11 novembre : la fleur au fusil

La BCE prête aux banques à 1.25%, les banques refourguent le prêt à la France à 3.46%.

Nous nous suicidons.

crise de la dette : les gouvernements tombent un à un

Papandréou, Berlusconi, Socrates,Cowen…

La crise de la dette décapite un à un les gouvernements de la zone euro, signe de son ampleur et du désarroi des politiques incapables de sortir du piège dans lequel ils se sont engouffrés depuis des décénies.

Depuis l’an dernier, sur les dix-sept pays qui utilisent la monnaie unique, plus du tiers a vu son dirigeant être poussé vers la sortie.

Entre la pression des marchés, celle des autres pays et l’impopularité de leurs mesures de rigueur, les chefs de gouvernement, de droite comme de gauche, sont balayés les uns après les autres.


IRLANDE






Le Premier ministre irlandais Brian Cowen fut la première victime de la crise, avec l’échec aux législatives anticipées de son parti en février dernier,
qui dominait la vie politique depuis 80 ans.

Le plan d’aide qu’il avait conclu en 2010 avec l’UE et le FMI avait été vécu comme une humiliation pour le pays.


PORTUGAL







Le Premier ministre socialiste José Socrates a démissionné en mars 2011 après le rejet par le Parlement d’un quatrième plan d’austérité.La droite a gagné les législatives en juin,et PedroPassos Coelho, libéral centriste, est devenuPremier ministre du Portugal




SLOVAQUIE

La Slovaquie est un pays pauvre (PIB par habitant proche de celui de la Grèce) qui a fait de gros efforts pour assainir ses finances publiques.


Aussi, il était compréhensible que le parlement slovaque refuse de valider l'élargissement du FESF (passant de 250 à 440 miliards d'euro) car la contribution demandée à a Slovaquie était à hauteur de 10% de son PIB.



L'Union Européenne n'a pas accepté le vote négatif du 11 octobre 2011 qui empêchait la mise en place du plan de sauvetage de la Grèce, et a imposé un second vote (positif cette fois) avec pour conséquence la démission du gouvernement slovaque.

De nouvelles élections législatives auront lieu en mars 2012, après la chute du gouvernement le mois dernier.




GRECE
En Grèce, le Premier ministre, Georges Papandréou, a annoncé officiellementsa démission hier. Il a adressé tous ses «voeux de réussite» à son successeur,dont le nom devrait bientôt être annoncé.Papandréou a été contraint à la démission après avoir créé la panique la semaine dernière sur les marchés en annonçant la tenue d’un référendum sur le plan d’aide à la Grèce.
Ce vote visait à légitimer l’action d’un gouvernement très impopulaire : il a été abandonné.


Fin 2010 : la dette de 350 milliards représente 144% du PIB.

Le plan de sauvetage consiste à réduire la dette de 100 milliards d'euro par abandon de 50% des créances dues aux banques.



ITALIE









En Italie, ni les frasques ni les affaires de moeurs n’avaient eu raison de Silvio
Berlusconi. Mais il aura sombré à cause de la crise et des graves risques de faillite qu’elle fait courir aux Etats. Surveillé par le FMI et la BCE, son pays, accablé par une dette de 1 900 milliards d’euros, n’arrivait plus à convaincre de sa capacité à mettre en oeuvre les réformes nécessaires. Le président du Conseil, qui a perdu la majorité au Parlement avant hier lors d’un vote test, a confirmé hier qu’il quitterait son poste lorsque le Parlement aura adopté – a priori ce weekend – des mesures budgétaires promises à l’Union européenne.

Quelle est la situation dans les autres pays de la zone euro ?




ESPAGNE




Le premier ministre espagnol, José Luis Zapatero est devenu très impopulaire après avoir pris de nombreuses mesures de rigueur. Le socialiste a été contraint d’avancer la date des législatives au 20 novembre. Il ne se représentera pas et la droite est donnée gagnante.




SLOVENIE




Des législatives anticipées auront également lieu le 4 décembre en Slovénie
pour remplacer le gouvernement de Borut Pahor.





FRANCE




Le gouvernement est très critiqué. Les mesures d'austérité sont insuffisantes pour enrayer le cercle vicieux de la dette et sont de plus très impopulaires... à 6 mois des prochaines élections présidentielles.




Les sondages donnent une nette avance au candidait du principal parti d'opposition et font apparaître un retour en force de l'extrême droite.




En 2011, la dette s'élève à 86,2% du PIB. Le service de la dette devient en 2011, pour la première fois de l’histoire économique de la France, le premier poste du budget (il passe désormais devant celui de l’Éducation Nationale et la Défense) : 46,9 milliards, contre 44,5 pour l’Éducation ( 30,1 pour la Défense). Il représente maintenant un montant supérieur à celui de l’impôt sur le revenu.




ALLEMAGNE




Malgré sa bonne santé économique, la chancelière Angela Merkel, qui a l’obligation de présenter les décisions sur la crise de la dette devant le Parlement, reste à la merci d’un vote négatif, à l’heure où les démocrates-chrétiens de son parti accumulent les revers électoraux, les Allemands acceptant de moins en moins l'idée de devoir payer pour les autres.





BELGIQUE




La Belgique connaît une grave crise politique depuis les élections fédérales du 10 juin 2007, les partis libéraux et sociaux démocrates ne parvenant pas à former de gouvernement fédéral, sur fond de tensions communautaires (les flamands souhaitent la sécession). Depuis, les gouvernements transitoires se succèdent et aucun n’arrive à stabiliser la crise politique.
Les wallons semblent de plus en plus nombreux à envisager un rattachement la France (Un sondage réalisé début juillet 2008 a révélé que 49 % des Wallons interrogés favorisent, un rattachement à la France en cas de scission de la Belgique, alors qu’ils n’étaient que 29 % en janvier de la même année)





La Begique a fait d'importants efforts budgétaires pour réduire sa dette qui était de 130% du PB au début des années 1990 et pour la ramener en mars 2009 à 320 milliards d'euros (91% du PIB).




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Tous ces changements sont loin d’être un gage de stabilité. «Ils affectent


la crédibilité globale de la zone euro auprès des autres pays, estime


ainsi Marc Touati, économiste chez Assya Compagnie Financière. Sans
compter qu’on change de dirigeants sans savoir ce que l’on va avoir à la
place.»




A Athènes, le favori Lucas Papademos était ainsi gouverneur de la


Banque de Grèce (1994-2002), lorsque les irrégularités dans les comptes se
sont aggravées.
A terme, les économies plus fortes risquent également d’être touchées,
y compris l’Allemagne, s'il faut continuer à couvrir les dettes des pays sur-endettés.

Nouriel Roubini : "plusieurs grandes institutions financières pourraient s'effondrer"

Nouriel Roubini, toujours en grande forme, a estimé sur son Twitter que plusieurs grandes institutions financières pourraient s'effondrer aussi rapidement que le courtier américain en matières premières et dérivés, MF Global. Le célèbre "Dr. Doom", connu pour ses prévisions pessimistes mais souvent justes, pense que Goldman Sachs et Morgan Stanley, deux des plus grandes banques d'affaires américaines, seraient menacées. Leur compatriote Jefferies compte aussi parmi les victimes potentielles de la crise. Roubini cite enfin Barclays.

Roubini prévient de la dépendance de ces banques vis-à-vis du financement de court terme. Il rappelle que ce qui a achevé MF Global, Lehman Brothers, Bear Stearns ou même AIG, ainsi que d'autres firmes, était le refus soudain des créanciers à court terme de continuer à leur prêter.

Le spécialiste juge d'autres banques moins exposées à ces financements de très court terme. Par exemple, JP Morgan ou Citigroup n'auraient pas les mêmes pratiques pour financer les opérations quotidiennes.

Il va falloir pondre un nouveau plan qui fait le poids et résoud vraiment la dette de la Grèce (et des autres pays européen fragilisés)car la Grèce pourrait bien mettre l'Euro puis l'Erope à terre en se comportant comme les Islandais, c'est à dire en ne remboursant plus rien et en abandonnant l'euro.

la Grèce deviendrait alors une terre d'expatriement idéale pour toutes les entreprises européennes en offrant des conditions imbattables de concurrence et la France et l'Allemagne s'en mordraient les doigts d'autant que d'autres pays comme l'Italie, le Portugal, l'Espagne pourraient être tentés de prendre le même chemin plûtot que de continuer à se faire plumer par les taux d'intérêts indécents du marché.

mercredi 9 novembre 2011

Hervé Juvin : les raisons de la dette


Hervé Juvin : les raisons de la dette par realpolitiktv


Entretien enregistré le 27 / 10 / 2011.


Pourquoi les banques vont devoir être nationalisées

Ou comment elles manipulent leurs résultats..
 
 
 
Les banques françaises publient en ce moment leurs résultats trimestriels, une certaine" opération vérité" se produit sur la dette grecque, dont la valeur est ramenée à son prix de marché. Ainsi BNP Paribas annonce une baisse de 71% de son bénéfice net sur le troisième trimestre, à 541 millions d’euros. Mais le groupe s’empresse aussitôt d’ajouter qu’en faisant abstraction de cet élément exceptionnel, le bénéfice se serait élevé à 1,952 milliards d’euros, en hausse de 2,4% sur le trimestre précédent. Voilà qui semble rassurant.

Mais lorsque l’on regarde les comptes plus en détail, on découvre un élément pour le moins étonnant, une "réévaluation de la dette propre" qui concourt aux résultats à hauteur de 786 millions d’euros. Ce mécanisme est couramment utilisé par les banques américaines et européennes, et il est d’une profonde perversité. Expliquons-en le fonctionnement.
Entourloupe

Si vous voulez emprunter de l’argent, vous allez voir votre banquier. Vous empruntez 100, et vous remboursez au cours du temps 100 + les intérêts : logique. Mais une grande entreprise ou une banque peut s’y prendre autrement : elle émet des obligations. Elle émet 100 d’obligations sur le marché, elle empoche donc 100 en cash, et s’engage à verser un coupon (les intérêts) tous les ans et à rembourser les 100 à l’échéance.

Ces obligations sont cotées sur les marchés financiers (ce sont les "obligations corporates", d’entreprises), tout comme celles des Etats. Mais si les investisseurs doutent de la capacité de la banque à rembourser les obligations qu’elle a émises, leur prix va chuter. Et l’obligation, au lieu de valoir 100, ne vaut plus, mettons, que 60. Et là commence la stupéfiante entourloupe : la banque a donc émis, et empoché, 100. L’obligation ne vaut plus que 60, elle la rachète à ce prix, et réalise donc un bénéfice net de 40. C’est magique !

Mais en réalité ça ne se passe même pas comme cela. Si le prix de sa dette baisse autant, cela signifie que la banque connaît de graves difficultés, et c’est effectivement le cas depuis la crise de 2008. Les bilans sont remplis d’actifs toxiques et de créances douteuses, et c’est tellement vrai que les banques ne se prêtent plus d’argent entre elles (le marché interbancaire est quasiment bloqué) et se refinancent auprès de la BCE. Conséquence, la banque n’a même pas les moyens de sortir 60 en cash pour racheter sa dette. Pas grave, elle fait "comme si" et inscrit 40 en recettes dans son compte de résultat ! Enorme.
Plus tu perds, plus tu gagnes

C’est comme si la Grèce, constatant que sa dette de 350 milliards d’euros ne cote plus que la moitié sur les marchés, décidait d’inscrire 175 milliards de recettes à son budget. Ca ferait rire tout le monde, et c’est pourtant ce que font les banques américaines et européennes depuis la crise de 2008 pour enjoliver leurs résultats, et accessoirement verser des bonus au passage.

Avec ce mécanisme, plus la situation de la banque se détériore, plus elle peut augmenter ses recettes avec de l’argent virtuel. C’est le capitalisme inversé, plus tu perds, plus tu gagnes ! Cette véritable manipulation est bien sûr avalisée par les "normes comptables internationales", et l’on voit une fois de plus comment la collusion entre le big business, les normes étatiques et l’ingénierie financière détruisent le capitalisme de l’intérieur.

Ce procédé devrait être interdit. En réalité, BNP Paribas n’aurait pas dû annoncer un bénéfice de 541 millions d’euros mais une perte de 245 millions d’euros (541 – 786). C’est moins joli bien sûr. Et cela interdit le versement de bonus aux dirigeants. Très embêtant effectivement. Cela veut surtout dire que la situation réelle des banques dans le monde est bien plus grave qu’elles ne le disent. 
 
Philippe Herlin 


mardi 8 novembre 2011

Jacques Sapir: « L'accord signé ne fait que prolonger l'agonie de l'euro »


G8 et G20 se succèdent. Très avare de mesures concrètes, le dernier sommet en date, celui du 4 novembre à Cannes s'est limité à essayer d'éviter une prorogation de la crise grecque, en plaçant l'Italie sous surveillance du FMI. Il ne s'est toutefois pas engagé sur de nouveaux moyens financiers censés éviter au monde une nouvelle récession. Dans cette tourmente de la crise et de la dette, les dirigeants de la zone euro semblent camper sur des positions souvent incohérentes et contradictoires, en tous les cas incomprises par les peuples, ne leur apportant aucune réponse à leurs premières préoccupations : la dette, – qui pour eux se traduit par une augmentation des impôts –, la réduction sensible du pouvoir d'achat, – il suffit de flâner dans les supermarchés pour s'en convaincre –, et le chômage, – les chiffres officiels parlent d'eux-mêmes.Il en est un peu de même chez les économistes, qui se partagent entre militants de la cause des chefs d'Etat, celle de l'ex-président Trichet, avec le maintien d'un euro fort, et les «dissidents» qui prônent soit un euro monnaie commune et non plus monnaie unique soit carrément sa sortie.


Polémia soumet à ses lecteurs une analyse de Jacques Sapir dans laquelle il condamne sans appel le plan «anticrise» du 27 octobre pour promouvoir avec fermeté la sortie de l'euro.


Polémia



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Les dirigeants de la zone euro ont conclu un accord, vers 4 heures ce jeudi matin [27/10/2011], pour tenter de sauver l’euro. Pourtant, selon Jacques Sapir, ce plan anticrise est le « pire accord envisageable », car il va contribuer à nous plonger encore davantage dans la récession et priver l’Europe de son indépendance. D’autant plus qu’il ne suffira pas à sauver la Grèce.


L’accord réalisé la nuit dernière ne fera que prolonger l’agonie de l’Euro car il ne règle aucun des problèmes structurels qui ont conduit à la crise de la dette. Mais, en plus, il compromet très sérieusement l’indépendance économique de l’Europe et son futur à moyen terme. C’est en fait le pire accord envisageable, et un échec eût été en fin de compte préférable.



Nos gouvernements ont sacrifié la croissance et l’indépendance de l’Europe sur l’autel d’un fétiche désigné Euro.



Huit mesures actées



Si nous reprenons les mesures qui ont été actées nous avons :



1- Une réduction partielle de la dette mais ne touchant que celle détenue par les banques. Autrement dit c’est 100 milliards qui ont été annulés et non 180 (50% de 360 milliards). Cela ne représente que 27,8%. La réalité est très différente de ce qu’en dit la presse. Cela ramènera la dette grecque à 120% en 2012, ce qui est certes appréciable mais très insuffisant pour sortir le pays du drame dans lequel il est plongé.


2- Le FESF va se transformer en « fonds de garantie » mais sur les 440 milliards du FESF, seuls 270 milliards sont actuellement « libres ». Comme il faut garder une réserve c’est très probablement 200 milliards qui serviront à garantir à 20% les nouveaux emprunts émis par les pays en difficultés. Cela représente une capacité de 1000 milliards d’emprunts (200 / 0,2). C’est très insuffisant. Barroso avait déclaré qu’il fallait 2200 milliards et mes calculs donnaient 1750 milliards pour les besoins de la Grèce (avant restructuration) du Portugal et de l’Espagne. Cet aspect de l’accord manque totalement de crédibilité.


3- La recapitalisation des banques est estimée à 110 milliards. Mais, l’agence bancaire européenne (EBA) estimait ce matin la recapitalisation à 147 milliards (37 de plus). De plus, c’est sans compter l’impact du relèvement des réserves sur les crédits (le core Tier 1) de 7% à 9% qui devra être effectif en juin 2012. Il faudra en réalité 200 milliards au bas mot, et sans doute plus (260 milliards semblent un chiffre crédible). Tout ceci va provoquer une contraction des crédits (« credit crunch ») importante en Europe et contribuer à nous plonger en récession. Mais, en sus, ceci imposera une nouvelle contribution aux budgets des États, qui aura pour effet de faire perdre à la France son AAA !


4- L’appel aux émergents (Chine, Brésil, Russie) pour qu’ils contribuent via des fonds spéciaux (les Special Vehicles) est une idée très dangereuse car elle va enlever toute marge de manoeuvre vis à vis de la Chine et secondairement du Brésil. On conçoit que ces pays aient un intérêt à un Euro fort (1,40 USD et plus) mais pas les Européens. La Russie ne bougera pas (ou alors symboliquement) comme j’ai pu le constater moi-même lors d’une mission auprès du gouvernement russe en septembre dernier.


5- L’engagement de Berlusconi à remettre de l’ordre en Italie est de pure forme compte tenu des désaccords dans son gouvernement. Sans croissance (et elle ne peut avoir lieu avec le plan d’austérité voté par le même Berlusconi) la dette italienne va continuer à croître.


6- La demande faite à l’Espagne de « résoudre » son problème de chômage est une sinistre plaisanterie dans le contexte des plans d’austérité qui ont été exigés de ce pays.


7- L’implication du FMI est accrue, ce qui veut dire que l’oeil de Washington nous surveillera un peu plus… L’Europe abdique ici son « indépendance ».


8- La BCE va cependant continuer à racheter de la dette sur le marché secondaire, mais ceci va limiter et non empêcher la spéculation.


Les piètres conclusions que l’on peut en tirer…


Au vu de tout cela on peut d’ores et déjà tirer quelques conclusions :
- Les marchés, après une euphorie passagère (car on est passé très près de l’échec total) vont comprendre que ce plan ne résout rien. La spéculation va donc reprendre dès la semaine prochaine dès que les marchés auront pris la mesure de la distance entre ce qui est proposé dans l’accord et ce qui serait nécessaire.
- Les pays européens se sont mis sous la houlette de l’Allemagne et la probable tutelle de la Chine. C’est une double catastrophe qui signe en définitive l’arrêt de mort de l’Euro. En fermant la porte à la seule solution qui restait encore et qui était une monétisation globale de la dette (soit directement par la BCE soit par le couple BCE-FESF), la zone Euro se condamne à terme. En recherchant un « appui » auprès de la Chine, elle s’interdit par avance toute mesure protectionniste (même Cohn-Bendit l’a remarqué….) et devient un « marché » et de moins en moins une zone de production. Ceci signe l’arrêt de mort de toute mesure visant à endiguer le flot de désindustrialisation.
- Cet accord met fin à l’illusion que l’Euro constituait de quelque manière que ce soit une affirmation de l’indépendance de l’Europe et une protection de cette dernière.


Pour ces trois raisons, on peut considérer que cet accord est pire qu’un constat d’échec, qui eût pu déboucher sur une négociation concertée de dissolution de la zone Euro et qui aurait eu l’intérêt de faire la démonstration des inconséquences de la position allemande, mais qui aurait préservé les capacités d’indépendance des pays et de l’Europe.



Les conséquences de cet accord partiel seront très négatives. Pour un répit de quelques mois, sans doute pas plus de six mois, on condamne les pays à de nouvelles vagues d’austérité ce qui, combiné avec le « credit crunch » qui se produira au début de 2012, plongera la zone Euro dans une forte récession et peut-être une dépression. Les effets seront sensibles dès le premier trimestre de 2012, et ils obligeront le gouvernement français à sur-enchérir dans l’austérité, provoquant une montée du chômage importante. Le coût pour les Français de cet accord ne cessera de monter.


Politiquement, on voit guère ce que Nicolas Sarkozy pourrait gagner en crédibilité d’un accord où il est passé sous les fourches caudines de l’Allemagne en attendant celles de la Chine. Ce thème sera exploité, soyons-en sûrs, par Marine Le Pen avec une redoutable efficacité. Il importe de ne pas lui laisser l’exclusivité de ce combat.



La seule solution, désormais, réside dans une sortie de l’euro, qu’elle soit négociée ou non.


Jacques SapirMarianne 2 28/10/ 2011
http://www.marianne2.fr/Sapir-l-accord-signe-ne-fait-que-prolonger-l-agonie-de-l-euro_a211943.html
Correspondance Polémia – 6/11/2011
Image : Explosion de l’euro




lundi 7 novembre 2011

Fillon dévoile son nouveau plan de redressement des finances publiques

Pour le premier ministre, le nouveau plan de rigueur annoncé lundi pour réduire le déficit est «juste et nécessaire». Tour d'horizon des mesures qui doivent rapporter 65 milliards d'ici 2016.







La justification d'un nouveau plan d'austérité.
«Nous voulons protéger les Français contre les graves problèmes auxquels font face d'autres pays européens». En présentant ses mesures supplémentaires d'austérité, le premier ministre François Fillon a replacé la France dans le contexte de panique financière qui frappe la zone euro. «Le mot faillite n'est plus un mot abstrait», a-t-il martelé, rappelant entre les lignes qu'il avait lui-même utilisé cette expression taboue dès 2007.
Les Français devront se résoudre à faire «quelques sacrifices», a prévenu le premier ministre, «afin de ne pas avoir à mener un jour une politique imposée par d'autres». Sans les nommer, le premier ministre pointe ici du doigt le danger que représenterait la pression exercée par des agences de notation menaçant d'abaisser la note AAA de la France.


«Plus de solidarité entre la France et l'Allemagne»

Sur TF1, lundi soir, le premier ministre a défendu l'effort supplémentaire consenti par la France. «Il n'y a pas beaucoup de gouvernements qui, à quelques mois des éléctions, auraient le courage de prendre de telles mesures», a-t-il déclaré. Et d'ajouter : «Ces efforts sont nécessaires».
s'est dit «convaincu que son plan va rassurer les investisseurs sur les capacités de la France. Nous ne sommes pas obsédés par les agences de notation». Pour cela, François Fillon souhaite plus de coopération notamment entre la France et l'Allemagne.

Les objectifs à atteindre

L'effort supplémentaire représente 18,6 milliards d'euros sur les deux prochaines années, dont 7 milliards d'euros en 2012 et 11,6 milliards en 2013. D'ici à 2016, ce sont 65 milliards d'euros supplémentaires qui seront économisés, a annoncé le premier ministre, afin d'arriver à un déficit zéro à cette date. Le premier ministre a également rappelé que le gouvernerment table sur une croissance de 1% en 2012.

Les principales mesures :

• La TVA réduite passe de 5,5% à 7%. Ce nouveau taux, que le premier miniestre juge «raisonnable», s'appliquera à tous les services et biens concernés par le taux réduit. Une exception toutefois : les produits alimentaires de première nécessité resteront taxés à 5,5%.
• Retraite à 62 ans en 2017 au lieu de 2018. L'application du passage de l'âge légal de départ en retraite à 62 ans va être avancée d'un an, à 2017, ce qui doit permettre de diminuer de 4,4 milliards d'euros les déficits des caisses retraites entre 2012 et 2016. Concrètement, a précisé François Fillon, «cela reviendra à quelques mois d'activité supplémentaire pour les générations nées entre 1952 et 1956». Cette accélération, selon lui, «va conforter la réforme de 2010 et permettra de diminuer de plus de 4,4 milliards d'euros les déficits cumulés des régimes de retraite entre 2012 et 2016».
• Le barème de l'impôt sur le revenu et celui de l'impôt de solidarité sur la fortune seront gelés pour les deux prochaines années.
• Réduire l'écart de taxation entre le capital et le travail. Le prélèvement libératoire forfaitaire sera augmenté de 19 à 24% pour réduire l'écart de taxation entre les revenus du travail et du capital. «Le prélèvement forfaitaire libératoire sera porté à 24% pour les dividendes et les intérêts», a ajouté le premier ministre. Le prélèvement forfaitaire libératoire (PFL) permet à un contribuable de s'acquitter de l'impôt dû sur les revenus des placements bancaires (bons du Trésor, etc...).
• 500 millions d'euros d'économies supplémentaires pour l'État en 2012. Notamment, les salaires des ministres et du président de la République seront gelés jusqu'à ce que les comptes publics soient à l'équilibre. «J'appelle les grandes entreprises, ainsi que les collectivités territoriales, à faire de même», a lancé François Fillon. Il demande d'ailleurs à ces dernières de mener un «effort de transparence», en publiant chaque année, les chiffres concernant leur train de vie et leurs effectifs.
• Les comptes de la sécurité sociale seront redressés à hauteur de 700 millions d'euros supplémentaires en 2012. «Nous avons décidé de ramener l'Ondam, c'est-à-dire la progression des dépense de l'assurance maladie à 2,5% à partir 2012 au lieu des 2,8% qui avaient été initialement fixés, a déclaré le premier ministre. En matière de maîtrise des dépenses de santé, c'est un effort supplémentaire de 700 millions d'euros qui sera accompli.» L'Ondam est fixé chaque année dans la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) et se présente sous la forme d'un taux d'évolution des dépenses à respecter.
• La hausse de certaines prestations sociales sera limité exceptionnellement à 1% en 2012. Les minimas sociaux (RSA, retraites, allocations adulte handicapé, etc.) ne sont pas concernés et seront revalorisés selon les règles actuelles, plus avantageuses. Il s'agit de limiter la hausse des dépenses sociales dans un contexte de baisse des recettes des cotisatins sociales, a justifié en substance François Fillon.
• Les niches fiscales seront rabotées de 2,6 milliards d'euros supplémentaires. Par exemple, le dispositif Scellier sera supprimé fin 2012, le taux à prêt zéro sera recentré.
• L'impôt sur les sociétés pour les grands groupes (chiffre d'affaires supérieur à 250 milions d'euros) sera augmenté de 5%.

«La France doit se retrousser les manches», a insisté François Fillon. «Il faut refonder notre modèle de croissance» trop soutenu par un consommation elle-même gonflée par les transferts sociaux, a déclaré François Fillon en conclusion.

dimanche 6 novembre 2011

La France s'aligne

L'Europe a-t-elle raison de choisir d'accélérer la rigueur budgétaire pour soigner la crise de la dette souveraine ? Cette réponse, imposée par Bruxelles et Berlin, est contestée par beaucoup d'économistes.

 
Vu l'explosion des déficits publics, l'idée que la consolidation budgétaire fait partie de la réponse à la crise s'est facilement imposée. En 2009 et 2010, les États de la zone euro ont dû en moyenne s'endetter à hauteur de 6 % de leur PIB pour financer l'excès des dépenses sur leurs recettes. « Ce n'est pas une politique soutenable », a maintes fois répété le commissaire en charge des affaires monétaires. L'emballement de la crise de l'euro semble lui donner raison.
Sous l'impulsion d'Olli Rehn, l'ensemble de la zone euro s'est engagé depuis 2010 sur la voie d'une consolidation générale des finances publiques avec, en ligne de mire, des déficits autour de 3 % du PIB en 2013 et un rythme impératif de réduction du stock de dettes. Signe que la gouvernance économique européenne est déjà une réalité, cela s'est fait d'une façon relativement coordonnée et selon les lignes arrêtées en concertation avec Bruxelles.
Le commissaire finlandais, chargé de veiller au respect des critères de Maastricht et pressenti par certains pour devenir une sorte de ministre des Finances de l'Eurozone, a embrassé la doctrine Trichet. Une doctrine dont la lettre du président de la Banque centrale européenne au Premier ministre italien, datée du 5 août, offre un bon résumé : réduction des déficits « principalement via des coupes dans les dépenses », « révision des règles d'embauche et de licenciement », « réforme du système de négociation collective », resserrement des critères d'attribution des retraites.
Mercredi matin, à Bruxelles, les négociateurs parlaient d'annexer aux conclusions du sommet la lettre d'intention italienne où Silvio Berlusconi détaille son programme de réformes. Cette symbiose politique entre la Commission européenne et la BCE répond à une logique institutionnelle et politique.
Les « réformes structurelles » sont également au centre de l'« examen annuel de croissance », autrement dit le programme politique proposé par la Commission en janvier 2011 et sur la base de laquelle les pays de la zone euro sont censés arrêter leurs propres orientations budgétaires et de réforme.

Un peu de relance


Cette offre politique, parce qu'elle semble en ligne avec les critères de Maastricht, satisfait la demande allemande de rigueur et d'austérité. En conséquence, la réponse européenne à la crise reste pour l'instant essentiellement une politique d'austérité et de désengagement public. Or, ces choix sont contestés. Les économistes, comme Paul Krugman, voient dans cette austérité coordonnée la recette de la prochaine récession. Les États-Unis plaident, jusqu'à présent en vain, pour un peu de relance.
Surtout, même les plus fédéralistes qui voient dans la crise une occasion de progresser vers l'union politique, s'interrogent à la fois sur le bien-fondé et sur la légitimité de cette politique. « L'examen annuel de croissance équivaut à une déclaration de politique générale. Normalement, c'est quelque chose qui se vote », explique l'eurodéputé belge Philippe Lamberts (Verts). « Aujourd'hui, dans beaucoup de pays, les engagements pris vis-à-vis de la Commission européenne, au nom de la gouvernance économique, ne jouissent pas d'une base de légitimité forte », ajoute-t-il. Sauf en Allemagne et aux Pays-Bas, les Parlements ne sont que très indirectement associés à ces choix. Si la Commission devait devenir, après une éventuelle réforme des traités, le véritable gouvernement économique de l'Europe, comme certains le proposent, la question de son contrôle démocratique sera plus que jamais posée.

La Tribune