La forte baisse des marchés financiers risque d'avoir de nombreuses conséquences pour les grandes entreprises. Elle pourrait inciter un certain nombre de sociétés à passer des charges pour déprécier les écarts d'acquisition, ou « goodwill ». Autrement dit, à tirer un trait sur une partie de la valeur de sociétés achetées au prix fort au cours des années récentes.
Au total, les groupes du CAC 40 portaient dans leurs bilans 337,6 milliards d'euros de « goodwills » fin 2010, les montants les plus importants étant pour Sanofi (31,9 milliards), France Télécom (29 milliards), GDF Suez (27,6 milliards) et Vivendi (25,3 milliards). Cela représentait à ce moment-là, pour l'ensemble des groupes de l'indice vedette français, 43 % de la valeur totale de leur actif et 33 % de leur capitalisation boursière.
« Bien que la capitalisation boursière ait baissé pour bon nombre de sociétés, les directions ont estimé que la valeur des actifs acquis par le passé était restée stable. Fin 2010, un certain optimisme sur la fin de crise régnait, soutenant la volonté de maintenir les dépréciations limitées »
Avez-vous entenduLA bonne nouvelle?L'Armageddon financiera été évité.L'effondrementéconomique en Europea été annulé dans la nuit de mercredi à jeudi.Tout vabien se passer.La nouvelle de«l'affairede la dette»en Europe adéclenché une exubérance irrationnelleà travers lemonde financier.Les journauxdu monde entier déclarent quela crise financièreen Europeest terminée.Les marchés boursiersdu monde entiersonten plein essor.Le Dow Jonesa progressé de 3%, le CAC40 de 6%...Oui, les dirigeants européensontété en mesure de maîtriser le problème...Cependant,comme vous le verrezci-dessous,tout ceci est totalement faux.
Les deuxparties les plus importantesde ce plan de sauvetage sont 1/ le renforcement du Fondseuropéen de stabilitéfinancière (FESF) et 2/ l'annulation de 50%de la dette grecquedétenue par des investisseursprivés
1/ Vous ne pouvez pasrésoudre leproblème de la detteavec encore plus de dettes.Mais c'est ce qui a été fait dans la nuit de mercredi à jeudi. Nos politiciensEuropéensne voulaient paslever plus d'argentpour leFESF(essentiellement parce que les électeursen Allemagne - et ailleurs - sontmassivement contre et qu'ils considèrent le fond comme un trounoir financier). Alors, quefaites-vous quandil faut plus d'argentmais que personne ne veuty contribuer ? Et bien vousl'empruntez. Nous avons ici l'essentiel de cet accord: il s'agit ni plus ni moins que d'un appel àde la dettesupplémentaire pour renforcer le fond.
Quelquesleaders en Europe (mais pas en France) reconnaissent que ce plan est risqué.Par exemple,un article paru dansThe Telegraphnoteles réserves du président de laBundesbank. Jens Weidmann, Président dela Bundesbanket membre dela Banque centrale européenne, a sonné l'alarme surle risque qu'il y ade «démultiplier»les capacités du FESF parun facteur de quatreà cinq foissans remettrede l'argent neufdans le pot.
Alors, quivafinancer l'ensemble decette nouvelle dette?
Eh bien,il s'avère queles Européenscomptent surles mêmes sauveursque le gouvernement américain: les Chinois. Le président français NicolasSarkozy est déjà en contactdirect avecprésident chinois Hu Jintaopour le financement dece plan.
Le plus triste dans cet histoire estque leFESFrenforcéne sera même passuffisant pour résoudreles problèmesen Europe.
2/ Mais le pirede cenouveau plan estl'effacement de 50% de la dette grecque détenue par des investisseurs privés, sous forme de défaut partiel.
Normalement,en casde défaut de paiement,les contratsde swap (CDS) devraient être déclenchés.Mais apparemment,parce que ce défaut est considéré comme "volontaire", les CDS ne se déclencheront pas.
Le Premier ministre grecGeorgePapandreoureconnaît qu'uncertain nombre debanques grecquesdevront êtrenationaliséesen raison des conséquences sur leurs comptes de l'effacement de la dette. Alors, oùle gouvernement grec va-t-il obtenir les fondspour «renflouer» le capitalde ses banques ?
Et quels seront les impacts sur les taux des autres pays ? L'année dernière à la même époque, le rendement sur deux années des obligations italiennes était d'environ 2,5%. Maintenant, il est d'environ 4,5%. Comme les investisseurs se rendent compte qu'un défaut, même partiel, est maintenant possible alors ces rendements obligataires vont grimper beaucoup, beaucoup plus haut ! Cela signifie qu'il va devenir beaucoup plus coûteux pour le gouvernement italien d'emprunter, donc de se remettre à flot.
En substance, la décote sur la dette grecque est un signal aux investisseurs qu'ils devraient exiger un taux beaucoup plus élevé sur la dette de l'ensemble des PIIGS. Cela va rendre l'effondrement financier de cet ensemble beaucoup plus probable.Lorsque vous additionnez toutes les dettes, la Grèce, le Portugal, l'Irlande, l'Italie et l'Espagne doivent 3000 milliards d'euros au reste du monde. Si l'Italie ou l'Espagne tombent, le reste de l'Europe sera tout simplement impuissant. Il n'y a tout simplement pas assez d'argent pour renflouer ne serait-ce qu'un de ces deux pays.
Mais l'Europe et le monde sont sauvés, paraît-il...
La réalité de la crise du capitalisme et de l'économie de marché est profonde.
Les politiques sont dans l'agitation mais pas dans la vérité. Rien ne sera plus comme avant. La crise financière n'est pas la crise, c'est juste un révélateur de la faiblesse des fondations ne nos économies. Maintenant nous allons rentrer dans la crise économique, et la crise économique est la crise de la modification du comportement des gens. Les gens vont bientôt modifier leurs comportements de façon brutale.
Diplômé d’HEC en 1982, Marc Fiorentino a œuvré pour des banques d'affaires américaines en Europe durant seize ans (dont Bank Of America et Salomon Smith Barney), puis en 1999, cet ancien professeur à l'Essec créa sa propre société de Bourse, Euroland Finance, et en 2007, un site de conseil en investissement financier, Allofinance.com. Éditorialiste dans La Tribune et sur BFM, il intervient régulièrement dans les médias pour des analyses concernant la crise financière et ses aspects moraux, et des prévisions sur les marchés.
Crise, effondrement.. des concepts relativement abstraits pour beaucoup d'entre nous (pour l'instant), mais à quoi peuvent ressembler les effets réels d'un effondrement ? (au delà des chiffres de la dette ou du chômage..).
Détroit
Si vous voulez savoir ce quesont les premières étapes visibles d'un effondrement économique,il suffit juste d'aller marcherautour de certains centres degrandes villes américaines.
Aujourd'hui,presque toutesles grandes villesaméricainessont soit économiquement fauchéessoit sur le point de l'être.Certes, New Yorket quelques autresfont encoreassez bien,mais pourla plupart des villesaméricaines la réalité économique esten train de les rattrapertrès rapidement.
Nombre d'entre elles par exemple ne peuvent garder leurs éclairages publiques (il n'y a tout simplementpas assez d'argent, et mêmes'il y en avait, les voleurs decâblage en cuivresurles lampadairestravaillent plus vite que la capacité des communes à remplacer..).
A Detroit par exemple 50%des lampadairesne fonctionnent plus, la guerre pourgarder les lumières alluméesest en passe d'être perdue par les autorités locales.
A Highland Park (Michigan) la majorité deslampadairesont étécoupésparce que la villen'était pasà même de payer lafacture d'électricité.
A Fresno, enCalifornie,le volde fil de cuivre des éclairages de rueest devenuun cauchemar total. Jusqu'à présent,dans cette petite ville, environ 2.500lampadairesont étédépouillés de leurcâblage.
A St. Louis, dans certains secteurs, les parentss'arment de club de golfpour amener leurs enfants àl'école afin derepousser les meutes de chienserrants.Dansd'autresgrandes villes,les marchés des droguesen plein airpullulent et prospèrent sans crainte.Partoutaux États-Unis, les villes quihabituellement étaient propres et prospères se transforment en friches industrielles. Nousne sommes certainement pas encore dans "Mad Max" mais avec un peu d'imagination, nous n'y sommes plus très loin.
A Las Vegas, il existe d'autres types de problèmes.Cette ville étaitun symbolepuissant de l'american way of life (et de sa décadence), mais maintenant elle devenue lelaboratoire grandeur nature de l'effondrement économique. A 14%, le taux du chômage est le plus élevédes USA (la moyenne nationale étant de 9,1%).Les prix des maisonsontchuté58,1% depuis2006-la plus grossebaisse du pays - tandis que Las Vegas est la capitale des saisies immobilières.Quelques 70%desmaisons ontune valeur inférieure aux montants restant à rembourser par leurs propriétaires. Uneenquête de 2010 a trouvé que34% deshabitantsquitteraientla ville si ils le pouvaient.
Courte ballade à Las Vegas...
A Los Angeles ("LostAngeles"!), la misèreexplose etdes milliersde personnes vivent dansles rues. DansSkid Row, une pochecrasseuseducentre de Los Angeles, les sans-abripullulent,éparpillés surles trottoirs (leur nombre a doublé en 2 ans). A San Bernardino (banlieue de los Angeles),34,6% des habitantsvivent actuellementen dessous duseuil de pauvreté.Parmiles grandes villes américaines, seuleDetroit fait pire.
Dans le New Jersey (côte Est), à Camden (80 000 habitants) on estimeque le tauxréel de chômagese situe autour de40%.Et pour la plupart desjeunes gensà Camden il y a très peu dechancesd'une vie meilleure, beaucoup d'entre euxont recours àla vente de drogues(voire même de vente d'organes).
"I am scared to graduate because of my $150,000+ in education loans. I will hold my Master of Public Health (degree) but am not hopeful that, in our current economy, I will not find a job. My parents are discussing selling their home (in order) to payoff my debt. This makes me feel horrible. I am lucky but the injustice of our economic situation is reprehensible and needs to be stopped." Endettée de 150.000$ pour ses études à l'Université.
Les emprunts des étudiants américains, environ 1 000 000 000 000 $, pourraient bien être à l'origine du prochain épisode de la crise économique mondiale.
En effet, aux USA, la totalité des emprunts étudiants avoisine 1 Billion de dollars (1 trillion en anglais). Soit plus que la totalité des dettes liées aux cartes de crédit aux USA.
Pour assurer leurs études, les étudiants américains s'engagent maintenant dans des emprunts deux fois plus important qu'il y a dix ans. En 2007, les défauts de paiement sur ces emprunts étaient de 6,7%. En 2009, ils sont passés à 8,8%.
Malgré les milliards injectés dans l'économie depuis 2008, la récession pointe à nouveau son nez.
Les étudiants risquent donc de se retrouver sans emploi, ou d'occuper des postes moins rémunérateurs que leur formation laissait espérer. Le risque de défaut sur ces emprunts, déjà élevé en 2009, devrait vraisemblablement exploser en 2011/12, pour frôler les 10%. Soit 100 000 000 000 de dollars (100 milliards).
Endettée de 50.000$ pour ses études
Par la magie des nouveaux véhicules financiers (titrisation), les banques émettrices de ces emprunts ont transféré les risques à d'autres établissement financiers : banques, caisses de retraite, assurances... à travers le monde.
Exactement comme avec les "Subprime lending", à l'origine de la crise de 2008.
A la différence de la crise des subprimes qui reposait sur des biens immobiliers, il ne sera pas possible de se ré-approprier les "biens gagés" : l'avenir des étudiants.
Entraînant de fait, une nouvelle crise mondiale : La crise de l’éducation à crédit ... pour du travail qui n'existe
pas.
Retrouvez d'autres et nombreux témoignages sur cette nouvelle génération d'hyper-endettés avant même d'avoir trouvé un travail sur http://wearethe99percent.tumblr.com
Henry Ford est l’un des pionniers du welfare capitalism (le « capitalisme du bien-être »), une pratique industrielle paternaliste destinée à améliorer le niveau de vie des travailleurs.
Henry Ford
Le 5 janvier 1914, Ford annonce l’augmentation des salaires journaliers minimum de 2,34 $ à 5 $ pour les ouvriers en apprentissage (« The Five Dollar Day ») ainsi qu’une nouvelle réduction du temps de travail journalier de 9 h à 8 h. Qualifié de « grand humaniste » ou de « socialiste fou », Ford a mis en place cette initiative pour établir une solide classe moyenne capable d’acheter ses produits. De plus, comme il l’explique lui-même dans ses mémoires, c’est l’« un des meilleurs moyens de réduction des coûts jamais mis en place » (meilleure productivité des ouvriers). La mise en place de cette méthode au début des années 1910 révolutionne l’industrie américaine en favorisant une consommation de masse et lui permet de produire à plus de 15 millions d’exemplaire la Ford T.
Lorsque Ford, en 1914, instaure les 40 heures de travail par semaine (instaurés en France en 1936) et un salaire minimum (instauré en France en 1950 !), il est vivement critiqué par d'autres industriels et Wall Street. Il démontre, toutefois, que le fait de davantage payer les travailleurs, permet à ces derniers d'acheter les voitures qu'ils produisent et être ainsi moteur pour l'économie. La philosophie du travail de Ford permet d'augmenter rapidement la productivité.
En 2011 les choses n'ont guère changées : le moteur de la croissance dans nos économies occidentales est toujours la consommation interne. Pour maintenir cette consommation à un niveau suffisant, nous verrons, dans un autre billet, comment, quand, et pourquoi nous avons préféré développer l'accès au crédit plutôt que d'augmenter des salaires.
Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village. Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les chevaux qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie. Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 € par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 € et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers chevaux existants. Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait les acheter 500 € dans huit jours et il quitta le village.
Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 € l’unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 € dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur cheval quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent.
Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des chevaux sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés.
Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours du cheval s’effondra. Les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.
Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant. Or celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement.
Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.
Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police ... On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des chevaux.
Cette histoire n’est toutefois pas finie car on ignore ce que firent les villageois.