samedi 29 octobre 2011

CAC 40 - actifs sur-évalués de 43% !

La forte baisse des marchés financiers risque d'avoir de nombreuses conséquences pour les grandes entreprises. Elle pourrait inciter un certain nombre de sociétés à passer des charges pour déprécier les écarts d'acquisition, ou « goodwill ». Autrement dit, à tirer un trait sur une partie de la valeur de sociétés achetées au prix fort au cours des années récentes.

Au total, les groupes du CAC 40 portaient dans leurs bilans 337,6 milliards d'euros de « goodwills » fin 2010, les montants les plus importants étant pour Sanofi (31,9 milliards), France Télécom (29 milliards), GDF Suez (27,6 milliards) et Vivendi (25,3 milliards). Cela représentait à ce moment-là, pour l'ensemble des groupes de l'indice vedette français, 43 % de la valeur totale de leur actif et 33 % de leur capitalisation boursière.



« Bien que la capitalisation boursière ait baissé pour bon nombre de sociétés, les directions ont estimé que la valeur des actifs acquis par le passé était restée stable. Fin 2010, un certain optimisme sur la fin de crise régnait, soutenant la volonté de maintenir les dépréciations limitées » 



vendredi 28 octobre 2011

FESF : battage médiatique et politique sur du vent

Avez-vous entendu LA bonne nouvelle? L'Armageddon financier a été évité. L'effondrement économique en Europe a été annulé dans la nuit de mercredi à jeudi. Tout va bien se passer. La nouvelle de «l'affaire de la dette» en Europe a déclenché une exubérance irrationnelle à travers le monde financier. Les journaux du monde entier déclarent que la crise financière en Europe est terminée. Les marchés boursiers du monde entier sont en plein essor. Le Dow Jones a progressé de 3%, le CAC40 de 6%...  Oui, les dirigeants européens ont été en mesure de maîtriser le problème... Cependant, comme vous le verrez ci-dessous, tout ceci est totalement faux.
 




Les deux parties les plus importantes de ce plan de sauvetage sont 1/ le renforcement du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et 2/ l'annulation de 50% de la dette grecque détenue par des investisseurs privés


1/ Vous ne pouvez pas résoudre le problème de la dette avec encore plus de dettes. Mais c'est ce qui a été fait dans la nuit de mercredi à jeudi. Nos politiciens Européens ne voulaient pas lever plus d'argent pour le FESF (essentiellement parce que les électeurs en Allemagne - et ailleurs - sont massivement contre et qu'ils considèrent le fond comme un trou noir financier). Alors, que faites-vous quand il faut plus d'argent mais que personne ne veut y contribuer ? Et bien vous l'empruntez. Nous avons ici l'essentiel de cet accord : il s'agit ni plus ni moins que d'un appel à de la dette supplémentaire pour renforcer le fond.


Quelques leaders en Europe (mais pas en France) reconnaissent que ce plan est risqué. Par exemple, un article paru dans The Telegraph  note les réserves du président de la Bundesbank. Jens Weidmann, Président de la Bundesbank et membre de la Banque centrale européenne, a sonné l'alarme sur le risque qu'il y a de «démultiplier» les capacités du FESF par un facteur de quatre à cinq fois sans remettre de l'argent neuf dans le pot.

Alors, qui va financer l'ensemble de cette nouvelle dette?

Eh bien, il s'avère que les Européens comptent sur les mêmes sauveurs que le gouvernement américain : les Chinois. Le président français Nicolas Sarkozy est déjà en contact direct avec président chinois Hu Jintao pour le financement de ce plan.

Le plus triste dans cet histoire est que le FESF renforcé ne sera même pas suffisant pour résoudre les problèmes en Europe.


2/ Mais le pire de ce nouveau plan est l'effacement de 50% de la dette grecque détenue par des investisseurs privés, sous forme de défaut partiel.

Normalement, en cas de défaut de paiement, les contrats de swap (CDS) devraient être déclenchés. Mais apparemment, parce que ce défaut est considéré comme "volontaire", les CDS ne se déclencheront pas.  
 
Le Premier ministre grec George Papandreou reconnaît qu'un certain nombre de banques grecques devront être nationalisées en raison des conséquences sur leurs comptes de l'effacement de la dette. Alors, où  le gouvernement grec va-t-il  obtenir les fonds pour «renflouer» le capital de ses banques ?
 
Et quels seront les impacts sur les taux des autres pays ?
L'année dernière à la même époque, le rendement sur deux années des obligations italiennes était d'environ 2,5%. Maintenant, il est d'environ 4,5%. Comme les investisseurs se rendent compte qu'un défaut, même partiel, est maintenant possible alors ces rendements obligataires vont grimper beaucoup, beaucoup plus haut !
Cela signifie qu'il va devenir beaucoup plus coûteux pour le gouvernement italien d'emprunter, donc de se remettre à flot.

En substance, la décote sur la dette grecque est un signal aux investisseurs qu'ils devraient exiger un taux beaucoup plus élevé sur la dette de l'ensemble des PIIGS. Cela va rendre l'effondrement financier de cet ensemble beaucoup plus probable. Lorsque vous additionnez toutes les dettes, la Grèce, le Portugal, l'Irlande, l'Italie et l'Espagne doivent  3000 milliards d'euros au reste du monde. Si l'Italie ou l'Espagne tombent, le reste de l'Europe sera tout simplement impuissant. Il n'y a tout simplement pas assez d'argent pour renflouer ne serait-ce qu'un de ces deux pays.
 
 
Mais l'Europe et le monde sont sauvés, paraît-il...

mercredi 26 octobre 2011

Marc Fiorentino. Crise: l'éclaircie est un écran de fumée.

 La réalité de la crise du capitalisme et de l'économie de marché est profonde.


 


Les politiques sont dans l'agitation mais pas dans la vérité. Rien ne sera plus comme avant. La crise financière n'est pas la crise, c'est juste un révélateur de la faiblesse des fondations ne nos économies. Maintenant nous allons rentrer dans la crise économique, et la crise économique est la crise de la modification du comportement des gens. Les gens vont bientôt modifier leurs comportements de façon brutale.

Diplômé d’HEC en 1982, Marc Fiorentino a œuvré pour des banques d'affaires américaines en Europe durant seize ans (dont Bank Of America et Salomon Smith Barney), puis en 1999, cet ancien professeur à l'Essec créa sa propre société de Bourse, Euroland Finance, et en 2007, un site de conseil en investissement financier, Allofinance.com. Éditorialiste dans La Tribune et sur BFM, il intervient régulièrement dans les médias pour des analyses concernant la crise financière et ses aspects moraux, et des prévisions sur les marchés.


A quoi ressemble un effondrement économique ?

Crise, effondrement.. des concepts relativement abstraits pour beaucoup d'entre nous (pour l'instant), mais à quoi peuvent ressembler les effets réels d'un effondrement ? (au delà des chiffres de la dette ou du chômage..).

Détroit

Si vous voulez savoir ce que sont les premières étapes visibles d'un effondrement économique,  il suffit juste d'aller marcher autour de certains centres de grandes villes américaines. 

Aujourd'hui, presque toutes les grandes villes américaines sont soit économiquement fauchées soit sur le point de l'être. Certes, New York et quelques autres font encore assez bien, mais pour la plupart des villes américaines la  réalité économique est en train de les rattraper très rapidement. 

Nombre d'entre elles par exemple ne peuvent garder leurs éclairages publiques (il n'y a tout simplement pas assez d'argent, et même s'il y en avait, les voleurs de câblage en cuivre sur les lampadaires travaillent plus vite que la capacité des communes à remplacer..).
A Detroit par exemple 50% des lampadaires ne fonctionnent plus, la guerre pour garder les lumières allumées est en passe d'être perdue par les autorités locales.
A Highland Park (Michigan) la majorité des lampadaires ont été coupés parce que la ville n'était pas à même de payer la facture d'électricité.
A Fresno, en Californie, le vol de fil de cuivre des éclairages de rue est devenu un cauchemar total. Jusqu'à présent, dans cette petite ville, environ 2.500 lampadaires ont été dépouillés de leur câblage.
A St. Louis, dans certains secteurs, les parents s'arment de club de golf pour amener leurs enfants à l'école afin de repousser les meutes de chiens errants. Dans d'autres grandes villes, les marchés des drogues en plein air pullulent et prospèrent sans crainte. Partout aux États-Unis, les villes qui habituellement étaient propres et prospères se transforment en friches industrielles. Nous ne sommes certainement pas encore dans "Mad Max" mais avec un peu d'imagination, nous n'y sommes plus très loin.

A Las Vegas, il existe d'autres types de problèmes. Cette ville était un symbole puissant de l'american way of life (et de sa décadence), mais maintenant elle devenue le laboratoire grandeur nature de l'effondrement économique. A 14%, le taux du chômage est le plus élevé des USA (la moyenne nationale étant de 9,1%). Les prix des maisons ont chuté 58,1% depuis 2006 - la plus grosse baisse du pays -  tandis que Las Vegas est la capitale des saisies immobilières. Quelques 70% des maisons ont une valeur inférieure aux montants restant à rembourser par leurs propriétaires. Une enquête de 2010 a  trouvé que 34% des habitants quitteraient la ville si ils le pouvaient.

 Courte ballade à Las Vegas...

A  Los Angeles ("Lost Angeles"!), la misère explose et des milliers de personnes vivent dans les rues. Dans Skid Row, une poche crasseuse du centre de Los Angeles, les sans-abri pullulent, éparpillés sur les trottoirs (leur nombre a doublé en 2 ans). A San Bernardino (banlieue de los Angeles), 34,6% des habitants vivent actuellement en dessous du seuil de pauvreté. Parmi les grandes villes américaines, seule Detroit fait pire.
Dans le New Jersey (côte Est), à Camden (80 000 habitants) on estime que le taux réel de chômage se situe autour de 40%. Et pour la plupart des jeunes gens à Camden il y a très peu de chances d'une vie meilleure, beaucoup d'entre eux ont recours à la vente de drogues (voire même de vente d'organes).

Etc..

Pour aller plus loin (en anglais)  



Et tout ceci risque très probablement de se passer en Europe dans quelques mois.

mardi 25 octobre 2011

USA - Emprunts Étudiants : les prémices d'une nouvelle crise économique ?

"I am scared to graduate because of my $150,000+ in education loans. I will hold my Master of Public Health (degree) but am not hopeful that, in our current economy, I will not find a job. My parents are discussing selling their home (in order) to payoff my debt. This makes me feel horrible. I am lucky but the injustice of our economic situation is reprehensible and needs to be stopped." Endettée de 150.000$ pour ses études à l'Université.

Les emprunts des étudiants américains, environ 1 000 000 000 000 $, pourraient bien être à l'origine du prochain épisode de la crise économique mondiale.




En effet, aux USA, la totalité des emprunts étudiants avoisine 1 Billion de dollars (1 trillion en anglais). Soit plus que la totalité des dettes liées aux cartes de crédit aux USA.

Pour assurer leurs études, les étudiants américains s'engagent maintenant dans des emprunts deux fois plus important qu'il y a dix ans. En 2007, les défauts de paiement sur ces emprunts étaient de 6,7%. En 2009, ils sont passés à 8,8%.



Malgré les milliards injectés dans l'économie depuis 2008, la récession pointe à nouveau son nez.
Les étudiants risquent donc de se retrouver sans emploi, ou d'occuper des postes moins rémunérateurs que leur formation laissait espérer.

Le risque de défaut sur ces emprunts, déjà élevé en 2009, devrait vraisemblablement exploser en 2011/12, pour frôler les 10%. Soit 100 000 000 000 de dollars (100 milliards).


Endettée de 50.000$ pour ses études


Par la magie des nouveaux véhicules financiers (titrisation), les banques émettrices de ces emprunts ont transféré les risques à d'autres établissement financiers : banques, caisses de retraite, assurances... à travers le monde.

Exactement comme avec les "Subprime lending", à l'origine de la crise de 2008.

A la différence de la crise des subprimes qui reposait sur des biens immobiliers, il ne sera pas possible de se ré-approprier les "biens gagés" : l'avenir des étudiants.

Entraînant de fait, une nouvelle crise mondiale : La crise de l’éducation à crédit ... pour du travail qui n'existe
pas.
 
Crédit photos : http://wearethe99percent.tumblr.com
 
Retrouvez d'autres et nombreux témoignages sur cette nouvelle génération d'hyper-endettés avant même d'avoir trouvé un travail sur http://wearethe99percent.tumblr.com




lundi 24 octobre 2011

Théorie : le capitalisme du bien-être

Henry Ford est l’un des pionniers du welfare capitalism (le « capitalisme du bien-être »), une pratique industrielle paternaliste destinée à améliorer le niveau de vie des travailleurs.


Henry Ford


Le 5 janvier 1914, Ford annonce l’augmentation des salaires journaliers minimum de 2,34 $ à 5 $ pour les ouvriers en apprentissage (« The Five Dollar Day ») ainsi qu’une nouvelle réduction du temps de travail journalier de 9 h à 8 h. Qualifié de « grand humaniste » ou de « socialiste fou », Ford a mis en place cette initiative pour établir une solide classe moyenne capable d’acheter ses produits. De plus, comme il l’explique lui-même dans ses mémoires, c’est l’« un des meilleurs moyens de réduction des coûts jamais mis en place » (meilleure productivité des ouvriers). La mise en place de cette méthode au début des années 1910 révolutionne l’industrie américaine en favorisant une consommation de masse et lui permet de produire à plus de 15 millions d’exemplaire la Ford T.

Lorsque Ford, en 1914, instaure les 40 heures de travail par semaine (instaurés en France en 1936) et un salaire minimum (instauré en France en 1950 !), il est vivement critiqué par d'autres industriels et Wall Street. Il démontre, toutefois, que le fait de davantage payer les travailleurs, permet à ces derniers d'acheter les voitures qu'ils produisent et être ainsi moteur pour l'économie. La philosophie du travail de Ford permet d'augmenter rapidement la productivité.

En 2011 les choses n'ont guère changées : le moteur de la croissance dans nos économies occidentales est toujours la consommation interne. Pour maintenir cette consommation à un niveau suffisant, nous verrons, dans un autre billet, comment, quand, et pourquoi nous avons préféré développer l'accès au crédit plutôt que d'augmenter des salaires.



dimanche 23 octobre 2011

La crise des chevaux

Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village. Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les chevaux qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie. Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 € par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 € et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers chevaux existants. Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait les acheter 500 € dans huit jours et il quitta le village.

Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 € l’unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 € dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur cheval quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent.

Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des chevaux sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés.

Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours du cheval s’effondra. Les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.

Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant. Or celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement.

Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.

Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police ... On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des chevaux.

Cette histoire n’est toutefois pas finie car on ignore ce que firent les villageois.

L'argent-dette


L'Argent Dette de Paul Grignon (FR intégral) par bankster2008

à voir sur Dailymotion :
http://www.dailymotion.com/video/x75e0k_l-argent-dette-de-paul-grignon-fr-i_news?start=13#from=embediframe