mardi 6 décembre 2011
S&P mets sous surveillance négative la note de 15 pays de la zone euro.
Pourquoi Standard & Poor's a-t-elle mis sous surveillance la note de 15 pays de la zone euro ?
L'agence de notation pointe quatre critères purement économiques, au premier rang desquels le resserrement du crédit dans la zone euro. Viennent ensuite la pression exercée par les marchés sur les dettes souveraines, y compris sur celle des pays notés AAA, le haut niveau d'endettement public et privé dans de nombreux pays ou encore l'augmentation du risque de récession dans l'ensemble de la zone en 2012. En Grèce, au Portugal, mais aussi en Espagne, S&P s'attend même à une baisse du PIB sur l'ensemble de l'année.
Mais son jugement est aussi politique. S&P craint la mésentente des dirigeants européens sur la meilleure manière de résoudre la crise de confiance et, à long terme, d'assurer la convergence des économies des économies de la zone.
Pourquoi la France est-elle particulièrement visée ?
Notre pays, encore noté triple AAA par les trois grandes agences de notation, est menacé d'être dégradé de deux crans. Il est le seul dans ce cas. S&P s'interroge notamment sur la capacité de Paris à tenir sa trajectoire de redressement du déficit budgétaire pour atteindre 4,5 % en 2012. Le gouvernement table sur une prévision de croissance de 1 % pour tenir les comptes, alors que l'agence américaine prévoit plutôt 0,5 %. Celle-ci critique également la prévision de croissance optimiste du gouvernement de 2 % pour 2013-2016, même si elle adresse un satisfecit à François Fillon pour avoir pris les mesures de correction lorsque c'était nécessaire.
Dans sa note, S&P s'inquiète par ailleurs de l'état des banques françaises. Elle parle notamment d'un "accès plus compliqué au financement", alors que les besoins en la matière seront "considérables" en 2012. "Le sujet de la liquidité, ainsi que la détérioration de la qualité des portefeuilles de titres et de prêts détenus par les banques françaises pourraient, selon nous, augmenter le risque d'un besoin d'injection de capitaux publics", estime l'agence. Une analyse rejetée par le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer. Selon lui, s'interroger sur la santé des banques hexagonales est devenu "une mode sur certaines places étrangères".
Reste que, depuis le mois d'août, celles-ci empruntent effectivement plus difficilement sur les marchés en dollars, elles qui en étaient jusqu'ici grandes consommatrices. Mais il est aussi vrai qu'elles ont déjà commencé à réduire leur dépendance en billets verts et que les grandes banques centrales se sont entendues pour leur en fournir à moindre coût. La Banque centrale européenne (BCE) pourrait par ailleurs sécuriser leur approvisionnement en euros, grâce à des prêts de deux ou trois ans.
La menace de S&P sur l'ensemble de la zone euro est-elle justifiée ?
Pour Christian Noyer, elle répond "à des critères davantage politiques qu'économiques" et est "complètement à contretemps", alors que l'Allemagne et la France viennent de présenter leur projet de réforme des traités lundi à Paris... "Le moment choisi pour lancer cet avertissement et son ampleur ont un contexte clairement politique", renchérit l'Autrichien Ewald Nowotny, membre du conseil des gouverneurs de la BCE. De son côté, le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, dénonce une menace "exagérée et aussi injuste" de S&P.
Selon Norbert Gaillard, spécialiste des agences de notation, les critiques sur le timing de l'annonce sont infondées, car la décision de l'agence "était prévisible". Ce spécialiste, qui vient de publier A Century of Sovereign Ratings (Un siècle de notation souveraine) chez Springer, reconnaît toutefois que la mise sous surveillance négative de l'ensemble des pays de la zone euro, excepté Chypre - qui était déjà sous surveillance - et la Grèce - dont la note exprime déjà la probabilité d'un défaut - "est assez problématique, car c'est susceptible de créer une défiance vis-à-vis de l'ensemble de la zone euro et vis-à-vis de la monnaie unique elle-même".
La dégradation des notes est-elle inéluctable ?
"Il y aura très certainement une dégradation de la note de tous les pays qui ont été mis sous surveillance négative", estime Norbert Gaillard. Il rappelle que "depuis 20 ans que les mises sous surveillance négative existent, elles se sont terminées dans 70 % des cas par une dégradation de la note concernée". Une probabilité renforcée par le calendrier serré de l'agence ("le plus tôt possible après le sommet européen des 8 et 9 décembre"), qui prend d'habitude plus de temps lorsqu'elle décide de maintenir finalement la note concernée.
Qu'est-ce qui pourrait dissuader S&P de passer à l'acte ?
Dans son communiqué sur la mise sur surveillance des pays de la zone euro, l'agence affirme qu'elle va se pencher sur la politique de la BCE. Et déterminer si l'institution de Francfort fera suffisamment preuve de souplesse pour faire retomber la tension économique et financière dans la zone euro. En clair, si elle est prête à accentuer ses rachats de dettes souveraines sur le marché secondaire ou même à "s'affranchir de la situation qui est prévue par le traité" en rachetant des dettes publiques dès leur émission par les États, explique Norbert Gaillard. Mario Draghi, son nouveau président, a laissé une porte entrouverte, jeudi dernier, devant le Parlement européen, en indiquant que la BCE "pourrait faire plus si les gouvernements de la zone euro adoptai[ent] le pacte budgétaire qu'elle appelle de ses voeux pour éviter un renouvellement de la crise actuelle". Une belle unanimité sur la réforme des traités au Conseil européen des 8 et 9 décembre pourrait donc inciter l'agence de notation américaine à se montrer clémente. Même si, pour Norbert Gaillard, cette seule décision ne sera pas suffisante pour éviter une dégradation.
Comment les marchés réagissent-ils ?
Beaucoup d'analystes s'accordent pour dire que les marchés avaient déjà largement anticipé une dégradation des notes en zone euro. Les Bourses européennes n'ont d'ailleurs pas dévissé mardi, pas plus que les places américaines n'ont ouvert en baisse. Les titres des banques françaises résistent assez bien. Reste à savoir si les investisseurs garderont toujours leur calme en cas de dégradation effective.
Est-ce grave docteur ?
En plaçant la zone euro sous surveillance négative, S&P prend le risque d'aggraver la crise de confiance qu'elle considère comme une des principales causes de sa décision... Les investisseurs risquent de fuir encore un peu plus la dette souveraine européenne, ce qui aurait pour effet d'augmenter le coût de financement des États. D'autant que l'Italie, l'Espagne et la France, pour ne parler que de pays les plus à risque, vont devoir lever sur les marchés des montants colossaux de dette en 2012. À lui seul, l'Hexagone va devoir trouver 179 milliards d'euros. Or, un "choc de 1 % sur l'ensemble des taux (5 ans, 10 ans, 30 ans, NDLR) à compter de 2012 par rapport aux hypothèses actuellement retenues susciterait (...) une augmentation de la charge de la dette (...) de près de 2 milliards d'euros en 2012", note la commission des Finances du Sénat. Si ce choc devait perdurer, le coût s'envolerait au fur et à mesure du renouvellement du stock de la dette pour atteindre 8,6 milliards en 2016 et 14 milliards d'euros en 2021 ! Cette hausse est d'autant plus probable que la France emprunte actuellement à des taux très bas : 2,79 % en moyenne sur l'ensemble de l'année 2011 contre 4,15 % avant l'éclatement de la crise financière de 1998 à 2007. S'ils devaient monter à 7 % comme cela a été observé pour ses grands voisins du Sud, ce serait une catastrophe.
D'ores et déjà, la décision de S&P porte un coup mortel au Fonds européen de stabilité financière (FESF). Placé lui aussi mardi sous surveillance négative, il ne pourra plus non plus emprunter à des taux raisonnables pour prêter aux États en difficulté, la qualité de sa signature reposant sur la solidité des pays AAA de la zone euro.
Enfin, la dégradation des notes souveraines aurait des conséquences négatives sur les banques qui détiennent énormément d'obligations dans leur portefeuille. Elles pourraient alors se retrouver contraintes à les vendre, accentuant encore le cercle vicieux. À terme, c'est bien l'euro lui-même qui pourrait être menacé.
Source :
http://www.lepoint.fr/economie/zone-euro-sonnee-mais-pas-encore-k-o-06-12-2011-1404515_28.php
Libellés :
critères de notation,
dette,
euro,
FESF,
récession,
Standard and Poor's
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire