mercredi 2 novembre 2011

faillite de la zone euro : oui, il y a un plan B !

...mais il n'est pas l'oeuvre des dirigeants européens actuels, hélas, trop obsédés par les solutions intégrationnistes et coûteuses, n'envisageant du coup aucune alternative au creusement perpétuel de la dette publique par des plans dits de "sauvetage", dispendieux et inefficaces, de l'€uro et des pays en grave difficulté. Alors que la France est à son tour menacée de perdre son triple A et la veille d'un nouveau sommet européen à Bruxelles, un groupe parlementaire européen lance enfin le débat. Europe of Freedom and Democracy (Europe des Libertés et des Démocraties) est le seul, à vrai dire, dans la grande maison, qui n'ait jamais vénéré "l'euro pour l'euro" pas plus que "l'union pour l'union", préférant une "Europe des réalités". Il est, de ce fait, l'unique groupe - ultra minoritaire avec vingt-sept députés issus de neuf pays - à constituer une véritable opposition politique au sein du Parlement de Bruxelles-Strasbourg. Un petit espace de respiration démocratique donc, au coeur d'une assemblée européiste par nature. C'est lui qui organisait en effet la semaine dernière, un séminaire animé par deux économistes allemands sur le thème : "Préparer l'éclatement de l'euro". Une première au Parlement européen.

POUR UN BRETTON WOODS EUROPEEN
Ancien secrétaire d'Etat et éminent économiste, le Professeur Wilhelm Hankel, est l'auteur des deux recours constitutionnels introduits auprès de la Cour fédérale allemande de Karlsrhue en 1998 contre l'introduction de l'euro et en 2010 contre le nouveau plan d'aide à la Grèce. Il condamne en effet ces tentatives de "sauvetage" qui, outre leur coût vertigineux, aggravent selon lui la situation désastreuse de la Grèce. Il plaide notamment pour un Bretton Woods européen, une union de taux de change extérieur au sein de laquelle chaque Etat est responsable de sa monnaie et de sa dette. Une proposition qui s'inscrit dans le droit fil des recommandations de Georges Berthu en faveur d'union monétaire flexible (clause de suspension) et de Philippe de Villiers depuis plus de dix ans, appelant à se préparer à la sécession monétaire et à préférer une monnaie commune plutôt qu'unique, parallèle aux monnaies nationales.


INTERVENTION DU PROFESSEUR HANKEL

Crise monétaire ? Crise des Etats ? Crise bancaire ? En 3000 ans d’histoire monétaire, jamais une monnaie n’a détruit des Etats ou des banques. Cela a plutôt été l’inverse.

Le Méphistophélès de Faust incarnait le malin « qui toujours nie ». La banque centrale européenne est un peu dans ce rôle de Méphisto. C’est elle seule qui est responsable de la stabilité de la monnaie. Mais ce n’est pas l’inflation qui menace la monnaie.

Le cœur de la crise, c’est la politique de la BCE. Ces problèmes, ils les ont créé eux-mêmes. Il n’y aurait jamais eu de crise de l’euro sans les plans dits de sauvetage. Ils étaient superflus et ont été créés pour d'autres raisons. Tous les pays en quasi faillite aujourd’hui auraient pu adopter une autre politique.

Sans soutien il y a un an, la Grèce aurait pu sortir de la zone euro, retourner à la drachme et on aurait pu envisager un taux de change équivalent : 1 euro pour 1 drachme. Mais à l’extérieur, cela signifiait que la Grèce dévaluant sa nouvelle monnaie, elle aurait eu un avantage considérable face aux créanciers étrangers qui auraient été obligés d’accepter une monnaie dévaluée ou l’interruption des transferts de paiement.

Le droit d’un Etat souverain est de ne pas séparer la monnaie de l’Etat. Cela s’est passé au moins 1800 fois dans l’Histoire : des Etats ont dû dire à leurs débiteurs, « nous sommes obligés de dévaluer, sinon vous n’aurez rien » : ce fut le cas du Mexique, de l’Argentine, de la Russie, de l’Ukraine… Ils ont dévalué, il y a eu une purge sévère. Ces pays ont été soumis au régime trop sévère imposé par le FMI. Heureusement, les marchés financiers ont la mémoire courte. Ces pays sont aujourd’hui les meilleurs clients des marchés financiers. La crise vient du fait d'avoir voulu "sauver" la Grèce. Or, ce soi-disant sauvetage de l’euro conduit aujourd’hui au chaos.

1) Comment en sommes-nous arrivés là ?

Il y a onze ans, pas le biais d’un simple traité international, des pays du sud de l’Europe ont obtenu une évaluation de leur crédit inédite pour eux et une crédibilité internationale qu'ils n'avaient jamais eus. Autrefois, les taux d’intérêt de ces pays tournaient autour de 15-18%. La simple anticipation de leur entrée de la zone euro a fait chuter ces taux au niveau allemand, divisant par trois les taux de crédit. Ce faisant, la prime de risque sur les marchés financiers a disparu. Les économistes qui ont reçu le Prix Nobel la semaine dernière ont parlé de comportement rationnel à court terme. Si on importe de la monnaie et que l’on emprunte, on produit de l’inflation et un déficit profond de la balance des comptes courants avec accumulation de dette étrangère. C’était prévu et c’est exactement ce qui s’est passé. Les politiques n'ont pas regardé plus loin que les échéances électorales suivantes et ont ignoré les conséquences économiques. La crise grecque a réveillé les marchés. Un euro grec peut-il valoir un euro allemand ? La Grèce a accumulé inflation, dette extérieure et augmentation de 70% du coût unitaire salarial (contre 1% en Allemagne) : ils ont perdu toute compétitivité. Tout manuel d’économie dira qu’il faut s’en sortir par une dévaluation et rien d’autre. Le choix, pour un Etat est entre la dévaluation des salaires ou celle de la monnaie. Dans une célèbre métaphore comparant l’ajustement de l’heure d’été aux individus plutôt que l’inverse, le Prix Nobel Milton Friedman jugeait qu’ « il est plus facile de modifier un taux de change extérieur que des millions de prix » Si un pays perd sa capacité de dévaluer, il ne lui reste que la possibilité de réduire le coût unitaire salariale ce qui signifie non seulement la déflation mais une politique salariale catastrophique pour ce pays et pour ses créanciers aussi. Il n’y a alors plus d'investissement et donc plus de croissance économique possible. On constate aujourd’hui un effondrement de la prospérité économique grecque, -5% cette année, plus encore l’année prochaine. C’est la politique la plus destructrice que nous ayons eu depuis les années 30. Ce soit disant soutien est en réalité destructeur. Avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne, le ministre de l’économie avait accepté une politique déflationniste car l’Allemagne ne pouvait payer ses dettes de guerre ; entre l’automne 1931 et l’été 1933 le chômage a alors frappé 27% de la population active… ; Ce sont des souvenirs terribles pour l’Allemagne et pour le monde entier... Ce que l’on inflige à la Grèce est la même chose et les mêmes problèmes vont se poser aux pays du sud de l’Europe : ils vont se retrouver dans la même situation que les pays d’Afrique du nord - la Lybie, l’Egypte, la Syrie – avec les mêmes soulèvements populaires. La différence est qu’en Europe, nous avons fabriqué le problème nous-mêmes…

2) Que faire pour s’en sortir ?

Les millions d’euros dépensés ces derniers mois pour sauver l’euro auraient été mieux utilisés pour aider ces pays à investir et sortir de la stagnation économique. Mais les dirigeants politiques ont souhaité autre chose. Du côté des pays créanciers. En Allemagne, pendant longtemps nous ne nous sommes pas acceptés en tant que nation. Après la catastrophe de la dernière guerre, l’Allemagne était une simple société de marchands. Il n’y avait plus d’Histoire, plus de tradition ni d’identité, seulement l’économie et le Mark. Le chancelier Adenauer avait promis un siècle d’or au peuple s’il travaillait dur. Mais la mentalité de cette nation de marchands est devenue une mentalité de lobbyistes, aujourd’hui en faveur de l’euro. Les secteurs d’exportations, les secteurs financiers, redoutent l’effondrement de l’euro et un retour au Deutsch Mark, tellement surévalué qu’ils ne pourraient, dit-il, plus exporter. Or, après chaque réévaluation du DM, les industries allemandes ont toujours exporté encore plus, contrairement aux peurs qui s’exprimaient. Ni la Chine, ni les Etats-Unis n’ont connu un tel impact pour leurs produits d’exportations. En réalité nous avons une pré-importation des produits que nous transformons et exportons ensuite - énergie, matières premières. Avec un DM surévalué nous avons fait baisser le prix des pré-importations qui coûtaient de moins en moins cher. Chaque évaluation du DM représentait un bénéfice social net. On pouvait s’enrichir en important pas seulement les bananes mais aussi le pétrole. Les politiciens, médias, industries se sont pourtant tous convaincus qu’il ne fallait pas revenir au DM car ils perdraient leur avantage à l’exportation. Mais c’est faux. En France, c’est le lobby financier qui pousse en ce sens : s’il y a une purge, on croit que les banques ne pourront pas survivre. En réalité qu'en savons nous ? Pour n'importe quelle entreprise défaillante, s'impose la publication de son bilan comptable et l'on évalue l’actif au regard du passif. Mais lorsqu'il s’agit d’une banque, les lobbyistes disent « nous sommes en danger » sans qu’on leur demande de publier leurs comptes ; Certaines de nos banques ont des actifs inscrits sur leurs comptes, des réserves amorties depuis des décennies et même depuis plus d'un siècle ! Avant de croire les banques il faut aller jeter un œil dans leur bilan, que ce soit en Allemagne ou en France ;

Les banques peuvent-elles supporter une réduction de la dette grecque de 50% ? On a parlé au départ de 21%. Ce serait une bien bonne affaire pour les banques si les pertes des actifs étaient limitées à 50%. Les arguments en faveur du sauvetage de l’euro n’ont aucun fondement macroéconomique, ce sont de purs arguments de lobbyistes. Il faut avant toute chose arrêter ces plans de sauvetage de l’euro. La meilleure alternative pour sauver la Grèce, l’Espagne et les autres pays en crise ce serait de couper les crédits comme ceux du plan Marshall pour qu’ils retrouvent la stabilité. Il faut des mesures ad hoc.

Pour l’avenir, il faut se rappeler de deux leçons : Celle du Président Lincoln : « Vous pouvez tromper une partie du peuple pendant un certain temps mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps » .

Celle de Milton Friedman : « Il est plus facile pour n’importe quel pays en difficulté d’adapter son taux de change que de bouleverser toute son économie ».

Jamais un accord monétaire régional n’a été au-delà d’un accord sur le taux de change. A Bretton Woods, les accords sur les taux de change extérieurs ont eu un succès quelques temps, mais jamais il n’y a eu abandon de la responsabilité d’un Etat sur sa monnaie ; même avec l’étalon-or ; il y a eu des accords monétaires régionaux à succès : pays scandinaves ou l’union monétaire nordique ou le cas de l’union française avant guerre, mais seulement sur les taux de changes extérieurs, jamais il n’y a eu abandon de la monnaie nationale. Il faut revenir à une union de taux de change extérieur : c’est ce que font les Etats de l'Est de l'Europe, ils ont leur monnaie nationale et ont toujours la possibilité d’intervenir sur le taux de change.

Ils traversent la crise bien moins mal que les pays du sud de l’Europe. Il nous faut un système de coordination du taux de change comme celui ayant existé avant l’euro. Les quarante ans qui ont précédé l'adoption de l'euro font figure d'âge d'or monétaire.


*Eminent économiste allemand - économiste en chef à la Banque de reconstruction (1959-1967), secrétaire d’Etat au ministère des Finances (1967), ayant exercé des fonctions importantes dans diverses banques (1967-1978), professeur d'université (depuis 1971), le Professeur Wilhelm HANKEL est l’un des critiques de la première heure de l’euro et a déposé auprès de la Cour Constitutionnelle allemande, un recours, en 1998, contre " l'introduction précipitée de l'euro", puis, en mai 2010, contre le plan « d’aide » à la Grèce .

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