L'agence de notation Moody's vient d'annoncer qu'elle envisage de dégrader la note de la dette de la France, actuellement évaluée AAA.Cette éventuelle dégradation pourrait avoir lieu dans 3 mois.
Pour quelles raisons ?
- une dette très élevée : En 2010 elle représentait 82,3% du PIB avec une évolution inquiétante : 85,4% en 2011 et 89,4% en 2012 (la France a largement dépassé le seuil de 60%, qui était pourtant l'un des critères de Maastricht).
Par comparaison, la médiane des pays notés AAA est à 52,5%
- des perspectives de croissance faible 1,4% en 2010; 1,4% en 2011 et entre 1,4% et 1,75% en 2012
- un déficit public chronique allant bien au delà des 3% admis par les critère de convergence de Maastricht.
- le manque de volonté politique de mettre en place une politique budgétaire rigoureuse (surtout en année électorale!).
Quelles seraient les conséquences ?
- une augmentation des taux d'emprunt.
La charge de la dette est actuellement d'environ 50 milliards d'€ par an (taux = 3%) . Une dégradation d'1 cran augmenterait la charge de la dette de 20 milliards.
- Des menaces sur le FESF.
Le FESF, ce montage imaginé pour "sauver la Grèce", repose sur une note AAA accordé à celui-ci, ce qui ui permet d'emprunter sur les marchés à taux bas et de racheter la dette grecque à prix avantageux (pour la Grèce) évitant à la Grèce de payer la prime liée au risque de défaut.
Or la dégradation de la dette française peut entraîner celle du FESF ce qui nuirait à l'efficacité du mécanisme prévu pour aider les pays endettés, et affaiblirait donc toute la zone euro en augmentant le risque d'implosion de l'euro.
Conséquences politiques en France : l'exécutif encore affaibli.
Au cours des trois mois à venir, l'agence de notation va donc scruter de près les décisions du gouvernement permettant de contrecarrer ces risques, ainsi que l'évolution de la situation économique.
L'exécutif se dit tout aussi attentif et, par la voix de François Fillon, a fait savoir dès lundi soir que de « nouvelles mesures » d'austérité seraient prises si la France n'enregistrait pas une « croissance minimale de 1,5 % en 2012 ». Nous mettrons « tout en oeuvre pour ne pas être « dégradés », a surenchéri François Baroin. « Nous serons là pour conserver le triple A ».
Est-ce à dire que de nouvelles mesures seront annoncées prochainement ? C'est peu probable. Le budget 2012 a été conçu au mois d'août et ne sera certainement pas revu de fond en comble deux mois après (voir page 4). En attendant une possible révision (en début d'année ?), François Fillon a sommé les députés de la majorité de se montrer disciplinés, au cours de la discussion budgétaire : « Il ne peut pas y avoir de surprise, il ne peut pas y avoir de coup politique », leur a-t-il lancé.
« La tâche du gouvernement est difficile », estime l'économiste Éric Chaney, responsable des études économiques du groupe Axa. « S'il prend des mesures trop faibles, il sera jugé peu crédible par les marchés qui ont, en fait, largement alimenté la décision de Moody's. À l'inverse, s'il renforce trop nettement l'austérité, il sera aussi sanctionné : les marchés estimeront que l'économie va en pâtir et que les objectifs budgétaires, faute de croissance, ne pourront être atteints. »
En outre, décider de nouvelles mesures d'austérité pendant la campagne électorale ne va évidemment pas de soi. François Hollande a déjà pointé du doigt la responsablité de Nicolas Sarkozy dans la décision de Moody's, soulignant la faiblesse du plan Fillon. Même dans un contexte de campagne, il se fait fort de proposer des mesures fiscales - hausses d'impôts - allant bien au delà du plan annoncé de 11 milliards, tout en évitant de « casser » le peu qui reste de croissance. Ainsi, « remettre en cause la niche Copé (exonération des plus-values à long terme des sociétés) rapporterait plusieurs milliards sans peser sur l'activité », estime l'un de ses proches.
Les députés UMP répliquent en rappelant quant à eux que les dépenses faramineuses prévues par le programme socialiste ne pourraient qu'agraver le problème de la dette...
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