dimanche 2 octobre 2011

« Il faut nationaliser les banques pour 3 ou 4 ans et leur interdire les activités de marché »

Marc Fiorentino*, L'Est Républicain, le 6 septembre 2011.

Quelle est la responsabilité des banques dans la crise ? Faut-il les sanctionner ?

La responsabilité revient à la fois aux hommes politiques et aux banques. Aux politiques parce qu’ils n’ont pas su ou pas voulu contrôler les banques. Aux banques parce qu’elles ne se sont pas imposées elles-mêmes des limites. La crise de 2008 constituait l’opportunité de changer de mentalité. On ne l’a pas saisie. C’est comme si, après un infarctus, le malade avait continué à manger encore plus gras et à faire encore moins d’efforts ! On a donné de l’argent aux banques sans contrepartie, sans fixer de limites à la spéculation. Par exemple, on a donné aux banques un chèque en blanc pour acheter de la dette souveraine sans provisionner les pertes possibles.

Quelle est la solution ?

Il faut nationaliser les banques pour 3 ou 4 ans. Il n’y a pas d’autre solution. Et il faut leur interdire les activités de marché. Il n’y a pas de raison pour que les banques spéculent. Elles sont là pour encaisser les dépôts et distribuer du crédit. La spéculation doit être réservée aux fonds spéculatifs…

Les banques sont-elles prêtes à accepter cela ?

Les banques ne sont prêtes à rien. Pour nous, les contribuables, le jeu, c’est pile on perd et face elles gagnent ! La collusion entre le monde financier et le monde politique est tel qu’on ne sait plus qui prend les décisions. Le sauvetage de la Grèce se discute-t-il à Bercy ou dans le bureau du patron de la BNP ? Il faut un signe fort pour que la confiance revienne. Les banques vont devoir se recapitaliser, comme le dit Christine Lagarde. Les banques centrales mettent de l’argent dans les banques mais cet argent est détourné vers les marchés financiers. Pendant ce temps, on est déjà dans une économie de guerre, de guerre financière. C’est pourquoi l’or flambe.

Pourquoi la Société Générale apparaît-elle comme la plus exposée, en France ?

Parce qu’elle est fragilisée par des affaires à répétition et qu’elle est la plus impliquée sur les marchés financiers.

Votre pronostic pour les mois qui viennent ?

Très sombre si le pouvoir politique ne prend pas des décisions fortes. Pas des décisions comme relever la TVA sur les parcs à thèmes. De vraies décisions. Le pouvoir ne doit pas capituler face aux banques.

* Diplômé d’HEC en 1982, Marc Fiorentino a œuvré pour des banques d'affaires américaines en Europe durant seize ans (dont Bank Of America et Salomon Smith Barney), puis en 1999, cet ancien professeur à l'Essec créa sa propre société de Bourse, Euroland Finance, et en 2007, un site de conseil en investissement financier, Allofinance.com. Éditorialiste dans La Tribune et sur BFM, il intervient régulièrement dans les médias pour des analyses concernant la crise financière et ses aspects moraux, et des prévisions sur les marchés. Source : Wikipédia

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