lundi 10 octobre 2011

Crise de la dette : l'UE n'a toujours pas trouvé les solutions

source : Article du Monde - 10/10/2011.



Les dirigeants européens ont décidé, lundi, de reporter au 23 octobre un sommet très attendu sur la crise de la dette.
Objectif : peaufiner leur réponse, en particulier sur la situation des banques, qui inquiète de plus en plus.
A l'origine, il était prévu que les chefs d'Etat ou de gouvernement de l'Union européenne se retrouvent le 17 octobre à Bruxelles, avant un sommet des seuls dirigeants des pays de la zone euro le lendemain matin. Mais le président de l'UE, Herman Van Rompuy, a annoncé avoir reporté ces réunions et décidé de tout concentrer le 23 octobre. "Cette nouvelle date va nous permettre de finaliser une stratégie globale concernant la crise de la dette dans la zone euro", a-t-il indiqué. Le président de l'UE espère y voir plus clair concernant la mission des bailleurs de fonds – la troïka – en Grèce, qui doit décider du versement d'une tranche d'aide de 8 milliards d'euros. Profitant du report de ce sommet, Herman Van Rompuy et le premier ministre grec, George Papandréou, ont convenu d'une rencontre à Bruxelles jeudi. La réunion entre les deux hommes, qui s'étaient déjà rencontrés le 30 septembre, commencera très tôt dans la matinée. Après plusieurs rendez-vous manqués avec les marchés financiers, l'Europe espère frapper un grand coup pour enrayer la contagion de la crise de la zone euro. Le précédent sommet des dirigeants de l'Union monétaire du 21 juillet, par exemple, a fait long feu. Les décisions de principe prises à cette date ne sont pas encore finalisées et risquent même d'être ajustées en raison de l'aggravation de la situation, notamment en Grèce. La situation est telle que François Fillon, premier ministre français, a estimé, lundi, que l'Europe était au bord de la rupture : "Personne ne doit s'y tromper : nous sommes sur un volcan qui peut dynamiter à tout moment le continent européen, sa prospérité, son contrat démocratique, son unité monétaire, son unité politique", ajoutant que "la crise actuelle peut mettre en péril 60 années de construction européenne".

DRESSER UN PARE-FEU

La détérioration de la situation dans le secteur bancaire, illustrée par la liquidation du groupe franco-belge Dexia a convaincu les dirigeants européens de l'urgence de dresser un pare-feu. En l'occurrence un plan concerté de recapitalisation des établissements les plus exposés. L'Europe voudrait également pouvoir annoncer à son sommet le renforcement de son Fonds de stabilité financière (FESF) décidé le 21 juillet. Pour cela, il faut qu'il soit ratifié par les 17 Etats de la zone euro, mais la situation reste très incertaine en Slovaquie, en raison de divisions au sein de la coalition au pouvoir.







Les partis de la coalition gouvernementale slovaque n'ont pas réussi, lundi, à se mettre d'accord sur le renforcement du FESF. Ils poursuivront leurs discussions mardi matin, avant le vote du Parlement. "Nous ne sommes pas parvenus à un accord avec les partenaires de la coalition", a déclaré le premier ministre, Iveta Radicova, à l'issue de cette réunion. "Je vais prendre une décision responsable, d'ici demain matin, sur la proposition que je ferai à mes partenaires de coalition", a-t-elle ajouté sans plus de précisions.
Une décision responsable qui pourrait être la démission. "Le premier ministre a proposé aux partenaires de la coalition trois possibilités : lier le vote sur le FESF à un vote de confiance, démissionner avant le vote ou démissionner en cas d'échec lors du vote", a précisé une source gouvernementale.
Un vote négatif de la Slovaquie paralyserait les mécanismes de sauvetage financiers. "Notre position concernant le Fonds est connue et nous n'allons pas en changer", avait averti avant le début de ces discussions, Richard Sulik, le chef du mouvement Liberté et Solidarité (SaS), un petit parti de la coalition qui s'oppose au renforcement de cet outil. "Nous avons fait une proposition à nos partenaires de la coalition mais elle a été rejetée. Si la situation ne change pas, SaS va voter contre le Fonds demain", a-t-il ajouté dans des déclarations à la presse. A l'heure actuelle, tous les Etats de la zone euro ont ratifié le renforcement du FESF sauf Malte qui doit donner son feu vert lundi soir.
En outre, alors que l'encre de l'accord sur le FESF renforcé est à peine sèche, il est déjà question d'en démultiplier la puissance de feu en le transformant, par exemple, en banque capable d'emprunter sans limites auprès de la Banque centrale européenne (BCE).


"Réponses durables globales et rapides"







Réunis dimanche à Berlin pour un nouveau sommet de crise, la chancellière allemande Angela Merkel, et Nicolas Sarkozy, ont promis des réponses durables, globales et rapides avant la fin du mois", sans toutefois en définir les contours. Objectif affiché : arriver au sommet du G20 des principaux pays riches et émergents, présidé par la France à Cannes les 3 et 4 novembre, avec une Europe "unie" qui ait résolu ses problèmes.
Le porte-parole de la chancelière allemande a estimé lundi que la zone euro se trouvait "dans une situation très difficile", et que l'initiative franco-allemande devait "éviter ou au moins adoucir une contagion à l'économie réelle." Les réponses attendues portent notamment sur la recapitalisation des banques européennes, dont le principe a été acté après deux mois de tergiversations.
Les deux premières économies de la zone euro ont annoncé qu'elles proposeraient des "modifications importantes" des traités européens, un renforcement ultérieur du FESF et une "solution durable" pour la Grèce. Des annonces auxquelles le président américain, Barack Obama, dit a apporter son soutien, indique l'Elysée.


PÉNURIE DE CRÉDIT


Le ministre italien des affaires étrangères, Franco Frattini, a dénoncé la vacuité, selon lui, de ce mini-sommet entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. "Franchement, on n'a pas compris quelle était la substance de la rencontre d'hier", a dit M. Frattini en marge d'une réunion avec ses homologues européens à Luxembourg. Il a plaidé pour le retour de "la méthode communautaire", qui "implique que tous les Etats membres" de l'Union européenne soient associés aux discussions, plutôt que ce genre de réunion qui laisse de côté les 25 autres Etats de l'Union.
L'Europe se sait observée par ses partenaires : des Etats-Unis, qui font pression pour qu'elle résolve ses problèmes, aux pays émergents. La Russie s'est dite prête lundi à aider la zone euro si elle définit "une stratégie claire et concrète de sortie de crise".
Alors que la crise de la dette est restée longtemps limitée aux pays périphériques de l'Europe ainsi qu'aux marchés financiers, elle a désormais gagné le secteur bancaire, comme en témoigne la débâcle de la banque Dexia. La prochaine étape, redoutée par les Européens mais aussi les Etats-Unis et les pays émergents, serait une contamination de l'économie réelle, par le biais d'une pénurie de crédit.









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