mercredi 12 octobre 2011
11/10/2011 : La Slovaquie refuse l'élargissement du FESF
Les députés slovaques ont décidé de rejeter le renforcement du FESF qui devait être ratifié par tous les pays de la zone euro.
Cela met un terme (du moins provisoirement) à cette fuite en avant envisagée comme solution à la crise de la dette des Etats (en particulier de la Grèce) qui consistait à autoriser le FESF à emprunter 440 milliards d'euro (au lieu d'un maximum actuel fixé à 250 milliards), or cet élargissement devait être ratifié à l'unanimité par les pays de la zone euro.
Pour quelles raisons la Slovaquie a t'elle dit NON ?
Hostilité à l'Union Européenne
Ce refus de la Slovéquie n'est en réalité pas une surprise : le parti libéral "Liberté et Solidarité" (SaS) était dès le départ farouchement opposé à l'élargissement du FESF.
Pour le chef de file du SaS, Richard Sulk, l'unique solution à la crise de la dette réside dans le respect par l'ensemble des Etats membres des règles d'équilibre budgétaire. La Slovaquie n'a pas à payer pour l'irresponsabilité de la Grèce, assène-t-il. Bratislava avait d'ailleurs déjà été la seule à avoir refusé de participer au premier prêt d'urgence accordé à la Grèce en 2010.
Ce discours rencontre un écho particulier dans une société de plus en plus hostile à l'Europe, alors que s'atténue l'enthousiasme de l'adhésion à l'Union européenne en 2004 et à la zone euro en 2009. Selon les sondages, 70 % des Slovaques sont opposés au renforcement du fonds de stabilisation, de même que de nombreux hommes politiques de tous bords.
Difficultés Economiques
Car la Slovaquie, durement touchée par la crise économique, est aujourd'hui l'une des économies les plus pauvres de la zone euro, bien plus fragile que la Grèce.
Ce pays post-communiste, mise dans les années 2000 sur l'industrie automobile et attire de grands constructeurs comme PSA, Audi, Kia ou Volkswagen et se développe rapidement. Jusqu'en 2007, la croissance oscille autour de 10 %, tandis que le déficit budgétaire et le chômage sont au plus bas.
La crise économique change la donne. "L'industrie automobile était exportatrice à 80 %. Lorsque les marchés se sont rétractés, la Slovaquie a perdu beaucoup d'argent", dit Etienne Boisserie, spécialiste de la Slovaquie. Aujourd'hui, la croissance dépasse difficilement la barre des 1 %, le déficit a atteint 8 % du PIB et le pouvoir d'achat ne représente que les trois quarts de la moyenne européenne. Avec 780 euros, la moyenne des salaires slovaques se hisse juste au-dessus du salaire minimum grec, qui atteint 750 euros.
Le renforcement du FESF, un outil destiné à venir en aide aux pays en difficulté financière (dont la Grèce, lourdement endettée), s'apparente donc un réel effort pour les Slovaques : La contribution de la Slovaquie évaluée 7,7 milliards d'euros ce qui représente 10 % du PIB slovaque !
"COUP POLITIQUE"
Malgré toutes ces raisons de bon sens, les députés slovaques sont indécis et s'ils ont rejeté le texte, c'est aussi en raison de divergences politiques, et de calculs politiciens.
"Ce vote négatif met en lumière les faiblesses et le manque de cohérence de la coalition de centre-droit actuellement au pouvoir, notamment sur les questions économiques", estime Etienne Boisserie. Sans les 22 députés libéraux du SaS, qui n'ont pas participé au vote, la coalition et ses 55 députés restants ne pouvait en effet pas songer à obtenir la majorité requise de 76 élus sur 154. Par contre, les 64 voix de l'opposition sociale-démocrate (Smer-SD), favorable au renforcement du fonds, auraient pu faire pencher la balance en faveur du plan européen. "Les sociaux-démocrates estiment, à l'image d'une partie de la coalition, que la solidarité doit primer au sein de l'Union européenne, et que l'on ne peut profter de ses avantages sans pâtir de ses inconvénients", explique Grigorij Meseznikov, politologue à l'Institut des affaires publiques de Bratislava.
Mais lors de ce vote, les enjeux de politique intérieure slovaque ont pris le dessus sur les préoccupations européennes. La première ministre, Iveta Radicova, affaiblie depuis plusieurs mois, a assorti le vote du renforcement du fonds d'un vote de confiance du gouvernement. Et l'opposition a saisi l'occasion pour fragiliser le pouvoir en place. "Les sociaux-démocrates ont préféré s'abstenir plutôt que de soutenir le gouvernement, analyse Etienne Boisserie. Mais surtout, ils ont fait un coup politique en proposant un accord au gouvernement : ils voteront en faveur du plan européen à condition de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections législatives anticipées."
"Le gouvernement d'Iveta Radicova n'a eu d'autre choix que d'accepter car il a perdu toute légitimité", assure Grigorij Meseznikov.
RATIFICATION ASSURÉE... DANS QUELQUES JOURS
L'accord a été scellé mercredi. L'opposition a obtenu des élections anticipées pour mars 2012 en contrepartie desquelles elle s'est engagée à voter en faveur du renforcement du Fonds de secours de la zone euro, conférant ainsi à la coalition une majorité confortable de 119 sièges. Le second vote aura lieu au Parlement d'ici "vendredi au plus tard", a indiqué le chef des sociaux-démocrates, Robert Fico, assurant que "le parlement va ratifier le FESF sans le moindre problème".
Selon LeMonde, l'image de la Slovaquie sur la scène européenne pourrait pâtir de ce jeu de poker menteur.
Peu soucieux de respecter la décision Slovaque, les présidents de l'Union européenne et de la Commission européenne, Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso, ont rappelé à l'ordre Bratislava dès le lendemain du vote, l'incitant "à dépasser les considérations politiques à court terme et à utiliser la prochaine occasion pour adopter rapidement un nouvel accord".
"Pendant trois jours, Bratislava aura peut-être une image de vilain petit canard, affirme Etienne Boisserie. Mais elle sera vite effacée car une majorité de députés a conscience de l'urgence et du fait que si la Slovaquie n'adopte pas le plan, elle en paiera le prix pendant de nombreuses années."
Ainsi va la démocratie en Europe ...
source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/10/12/pourquoi-la-slovaquie-s-est-opposee-au-fonds-de-secours-europeen_1586077_3214.html
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